Afghanistan : Le droit d’asile ne se négocie pas
Il n’a suffi que de quelques semaines aux Talibans pour reprendre le contrôle de Kaboul et précipiter vers l’exil des milliers d’Afghans. C’est la preuve, s’il en fallait encore une, de l'échec des 20 ans de guerre menée par les Etats-Unis en Afghanistan. Des milliers de milliards de dollars engloutis dans un conflit sans fin. Et des milliers de vies perdues sans raison.
Le retour des Talibans est une menace terrible pour les droits humains. Je pense tout particulièrement à mes sœurs afghanes, qui se sont battues pour leurs droits à étudier, travailler, créer, faire de la politique et qui aujourd’hui se voient privées de la simple liberté de mener leurs vies comme elles le souhaitent. Pourront-elles encore sortir dans la rue sans burqa et sans être accompagnées d’un homme ? Je n’ose imaginer la situation de celles qui, victimes de violences, ne pourront plus fuir.
Face à l’immense détresse des Afghans, quelle est la réponse de l’UE ? Faire une fois de plus de ses frontières une forteresse. Et on assiste une nouvelle fois au concours de celui qui sera le plus ferme, le plus xénophobe, le plus indécent. Emmanuel Macron veut se “protéger contre les flux migratoires irréguliers importants". Le premier ministre slovène, qui préside le Conseil de l’UE (réunissant les chefs d’Etat européens) : “ l’UE n’ouvrira aucun couloir de migration depuis l’Afghanistan”. Ou encore le patron de Frontex (agence européenne de garde-côtes). qui ne parle que du « risque terroriste » et “des arrivées de personnes qui seraient des migrants économiques”. Résultat : on parle plus de sécurisation des frontières que d’organisation de l’accueil au moment où des dizaines de milliers d’afghans ont peur pour leur vie.
Et pourtant c’est notre devoir le plus élémentaire. Celui inscrit dans les Conventions de Genève qui protègent le statut de réfugié et nous obligent à accueillir dignement celles et ceux qui sont persécutés dans leur pays, fuient les horreurs et les violences. Un principe foulé au pied par l’Union européenne dont la seule stratégie consiste à sous-traiter la gestion des migrants en dehors de ses frontières. Pourtant, la grande majorité des réfugiés afghans fuient déjà dans les pays limitrophes, et ils sont moins de 13% à venir en Europe. Arrêtons d’instrumentaliser des peurs infondées : s’il n’y a pas de crise migratoire, il y a bien une crise de la solidarité !
Comme pendant la crise syrienne, l’Union européenne se montre bien incapable d’organiser la solidarité et reproduit déjà les mêmes échecs. Pourtant, que représentent quelques milliers d’afghans à l’échelle des plus de 450 millions d’européens ?
Pire, ne tirant aucune leçon de la débâcle militaire américaine en Afghanistan, le représentant européen pour les affaires étrangères Josep Borrell, en appelle à une Europe de la défense arrimée à l’OTAN. Un échec politique ? Continuons dans la même direction bien sûr. Décidément, leur enthousiasme va-t-en guerre ne connaît aucune limite.
J’appelle à une véritable solidarité internationale pour les réfugiés afghans. Si l’UE doit avoir un sens, c’est bien en organisant et en coordonnant la solidarité à l’échelle du continent, pas en imaginant déjà une nouvelle intervention militaire ! Cessons de détourner le regard face à notre devoir d’humanité. Parce que oui, on ne fuit jamais son pays par gaieté de cœur. Accueillons celles et ceux qui tentent d’échapper à l’horreur, un point c’est tout !